Extraits d’un article
paru dans Parents - Florence SAUGUES
Pas évident de se préparer à l’arrivée de 2 bébés. A toutes les
questions qui se bousculent dans votre tête, essayons d’apporter ici une réponse.
Existe-t-il des « vrais » ou des « faux » jumeaux
?
Oui. Mais l’appellation de « faux jumeaux » n’est pas tout à fait
appropriée, puisque jumeaux signifie « né le même jour ». En revanche, zygote, terme d’origine grecque, désigne un œuf. Il y a les monozygotes, « vrais jumeaux », qui sont issus du même œuf, et
les dizygotes, « faux jumeaux », qui proviennent de deux œufs différents. Pour les premiers, l’œuf se sépare en deux et donne naissance à des jumeaux ayant les mêmes caractéristiques génétiques.
Ils sont la copie conforme l’un de l’autre. Les seconds sont deux patrimoines génétiques différents. Ils peuvent être du même sexe ou de sexe opposé. Ils se ressemblent comme des frères et sœurs
arrivés successivement, et parfois de façon si troublante qu’on pourrait penser à de « vrais jumeaux ».
L’arrêt de la pilule ou les traitements contre la stérilité
entraînent-ils un risque accru d’avoir des jumeaux ? Les facteurs favorisant une grossesse monozygote sont encore mal connus. Certains scientifiques évoquent une mauvaise qualité de l’ovule qui
se scinderait en deux. Les grossesses dizygotes seraient dues, quant à elles, aux hormones hypophysaires qui stimulent les ovaires et provoquent parfois des ovulations multiples. On a constaté,
en effet, que les mères de jumeaux dizygotes présentent un taux élevé de ces hormones. Ces taux sont également importants dans les premiers cycles suivant l’arrêt de la pilule. Les femmes ont
donc plus de chances d’avoir des jumeaux si leur grossesse se déclare dans les deux premiers mois suivant l’arrêt de la contraception orale.
Quant aux traitements contre la stérilité, ils utilisent des
médicaments qui favorisent l’ovulation. Dans ce cas, il est effectivement plus probable que deux ou plusieurs œufs se nichent en même temps dans l’utérus.
Par ailleurs, une femme de 40 ans a plus de risques de vivre une
grossesse multiple qu’une femme de 25 ans. Les taux d’hormones hypophysaires augmentant avec l’âge, ce changement stimule les ovaires et amplifie les chances de fécondations
multiples.
Est-ce un facteur héréditaire ?
Personne ne peut vraiment dire pourquoi une femme met au monde des «
vrais jumeaux ». En revanche, il existe des « familles de dizygotes ». L’hérédité réside dans la particularité hormonale des femmes qui favorise des ovulations multiples. La transmission
s’opérerait de mère en fille.
Sont -ils toujours des enfants prématurés
?
45 % à 50 % des jumeaux naissent prématurément. Cette fréquence varie
selon que les enfants sont vrais ou faux jumeaux. Les monozygotes ont une prématurité plus élevée que les dizygotes. La durée moyenne des grossesses gémellaires est de huit mois. Mais, à terme
égal et à poids de naissance égal, un jumeau prématuré ne court pas plus de risque qu’un bébé unique ! Les principales causes de cette fréquente prématurité sont la tension extrême de l’utérus et
l’abondance du volume amniotique.
Ont-ils vraiment des relations in utero
?
Physiquement, dès leur conception, ces deux petits êtres vivent dans
une douillette intimité. Pendant la grossesse, ils perçoivent et ressentent les mêmes choses. En revanche, chacun réagit selon sa personnalité.
Ces enfants se touchent. Lorsqu’ils sont dans la même poche, leurs
corps sont imbriqués. Leurs vies se mêlent déjà : l’un peut attraper le pied de l’autre ou sucer le pouce de son jumeau. Les petits peuvent également se trouver dans deux poches différentes,
séparés par une fine membrane. Ils ont conscience du corps de l’autre et bougent, réagissent en fonction du second. Ce contact in utero aurait une influence sur leurs relations futures. Ils se
dessineraient déjà une certaine complicité, quand ils s’enlacent ou une rivalité, s’ils se repoussent, ou encore une dominance s’ils se gênent et essaient de prendre toute la place.
Peut-on dire qu’il y a un dominant et un dominé
?
Ces termes supposeraient qu’il existe un rapport de force entre les
enfants. Ils impliqueraient que l’un soit actif, l’autre passif. La répartition des rôles n’est pas aussi schématique. Comme dans tout couple, les jumeaux vont se distribuer les « tâches » mais
pas de façon immuable. Elles peuvent s’inter changer, en fonction de l’âge ou des situations.
Par exemple, l’un va communiquer avec l’extérieur : il privilégie
l’apprentissage du langage pour lui et son jumeau. L’autre développe les activités motrices : il se charge d’explorer et découvrir pour les deux.
Chacun a sa place, dans le couple et à l’extérieur du duo. Les rôles se
diversifient, alternent et complètent, plus qu’ils ne s’opposent. Il n’y a pas forcément un fort et un faible.
Peut-on les appeler « les jumeaux » ?
Surtout pas. A force de les appeler ainsi, les enfants vont se
persuader qu’ils appartiennent à une entité indivisible. Cette désignation risque de les empêcher de prendre conscience de leur identité propre. Ainsi, très souvent au cours de leur enfance, et
même plus tard, les jumeaux utilisent le « nous » plutôt que le « je ». Certains duos aiment aussi à se faire passer l’un pour l’autre, au grand dam de leur institutrice ou de leur entourage. En
fait, le bébé jumeau a du mal à distinguer son corps de son double. C’est pourquoi il est recommandé d’utiliser tous les moyens (vêtements, prénom, activités, etc.) qui permettent de leur
reconnaître comme deux êtres à part entière.
Doit-on les habiller pareil, leur faire faire les même
activités, leur offrir les mêmes jouets, les mettre dans la même classe… ?
De préférence, non. Pour que l’enfant puisse dès son plus jeune âge
acquérir une personnalité qui lui soit propre, il vaut mieux que chacun ait sa propre garde-robe, ses jouets personnels, son coin favori, ses couleurs, etc.
Inconsciemment, on pense que des jumeaux sont inséparables. C’est
pourquoi les parents repoussent souvent l’échéance de la séparation. Si celle-ci n’est pas une recette miracle, obligatoire et applicable à tous, c’est un moyen de garantir l’affirmation de soi.
Quand « couper le cordon » ? Faut-il séparer les enfants à la crèche ou bien attendre la maternelle, ou encore l’école primaire. La question reste
entière. Dès la crèche, la présence d’autres enfants évite au « couple » de s’enfermer sur lui-même. A l’école maternelle, les jumeaux vont essayer de préserve leur duo. Même si elle lui déplaît,
l’un choisira telle activité pour rester avec son double. Alors que, une fois séparés, ils suivront sereinement leurs propres désirs.
Entrés en primaire, la comparaison entre eux deviendra inévitable, et
la compétition apparaîtra. Quel que soit l’âge auquel la séparation va se produire, il faut bien sûr y préparer les enfants, pour dédramatiser l’événement.
Chacun s’attache-t-il à un parent plus qu’à l’autre
?
Beaucoup de parents
s’efforcent de traiter leurs enfants sans distinction, de peur qu’ils éprouvent un sentiment de jalousie l’un envers l’autre. Ils s’interdisent de faire le choix de « l’enfant préféré ». Mais les
bébés apprennent vite à se partager l’attention de leur père et de leur mère. Chaque petit a besoin d’une relation privilégiée, avec l’un comme avec l’autre. Il peut exister une plus ou moins
grande affinité, ressemblance ou connivence entre les uns et les autres, au même titre qu’avec les enfants d’une famille nombreuse.
Est-il possible de donner autant d’amour à l’un qu’à l’autre
?
Au moment d’avoir un deuxième bébé, chaque maman se pose la même
question. Mais dès la naissance du bébé, la crainte s’évanouit. Un lien se construit avec le plus jeune, sans pour cela léser l’aîné. Avec chaque enfant se crée une relation originale et unique.
Les parents de jumeaux arrivent également très vite à instaurer avec les deux petits un attachement particulier.